L’université du Québec à Chicoutimi a procédé au lancement de sa nouvelle Chaire de recherche du Canada ZENITH sur les catastrophes, la jeunesse et la justice sociale. Menée par la professeure titulaire Ève Pouliot, la chaire se concentrera notamment sur les impacts des désastres naturels sur les moins de 25 ans.
La chaire de recherche travaille en réalité depuis déjà presque un an. Elle s’intéresse aux trajectoires de vie des jeunes impactés par des catastrophes naturelles comme des inondations, des tornades ou encore des feux de forêt.
L’équipe de ZENITH étudie l’impact de ces événements traumatisants sur le bien-être des adolescents et des jeunes adultes. Selon la professeure, le milieu scolaire, familial et social de ces jeunes est le premier impacté.
« Ces catastrophes changent leurs projets d’avenir, leurs projets scolaires, et parfois même leur futur métier. Certains veulent aller en intervention psychosociale ou être pompier. Je trouvais ça intéressant d’élargir les recherches jusqu’aux personnes de 25 ans », explique-t-elle.
Donner la parole aux plus jeunes
À travers ce travail de recherche, la professeure Ève Pouliot souhaite surtout donner la possibilité aux jeunes de s’exprimer et de se faire entendre puisque ce sont souvent les adultes qui sont interrogés. « Les parents nous disent souvent qu'ils essaient de préserver l'enfant. Ils ont tendance à minimiser l'impact que la catastrophe peut avoir dans la vie du jeune », explique-t-elle. Grâce aux différents témoignages, elle souhaite codévelopper avec les jeunes des moyens d’intervention et de prévention.
La professeure ne cache pas qu’il est plus difficile d’approcher des jeunes adolescents contrairement aux adultes : « Juste en termes de demande de certification éthique, pour les moins de 14 ans, ça prend le consentement parental. Donc ça, c'est un enjeu majeur parce qu'on ne peut pas accéder à la parole des plus jeunes si leurs parents n'acceptent pas qu'ils participent à un processus de recherche. »
Pourtant, elle assure qu’il est plus facile d’avoir de la profondeur de contenu avec les adolescents grâce à la méthode de recherche participative qu’au moyen d’entretiens habituels.
« Les approches participatives comme ça, permettent d'être avec les jeunes sur des plus longues périodes, de les côtoyer de façon plus intensive, de co-construire aussi, parce que parfois, nous, comme chercheurs, on a une idée de projet, mais quand on parle aux jeunes, eux, ils ont d'autres idées », complète-t-elle.
La professeure travaille depuis plusieurs années maintenant avec les mêmes établissements scolaires, ce qui facilite la création du lien de confiance : « La partenaire qui parlait plus tôt, ça fait quatre projets de recherche qu'on mène avec ce milieu-là, qui est un petit milieu, mais on finit par connaître les gens dans la communauté. »
La tragédie de Lac-Mégantic comme point de départ
Alors qu’elle n’imaginait pas faire de la recherche son métier, c’est le déraillement ferroviaire de Lac-Mégantic en 2013 qui l’a menée jusqu’ici. Ayant fait des études en droit et en criminologie, c’est après avoir travaillé sur des projets reliés à la catastrophe que la professeure Ève Pouliot a voulu aller plus loin.
Accompagnée par la professeure à l’Unité d’enseignement en travail social à l’UQAC, elle avait recueilli plusieurs témoignages d’étudiants pour savoir comment ceux-ci se portaient, trois ans après cet accident. C’est une question des journalistes en pleine pandémie qui l’a poussée à développer le projet ZENITH.
« Il y a des journalistes qui m’avaient demandé si des personnes ayant vécu des catastrophes antérieures en Outaouais allaient moins bien que les autres. Je me disais à quel point c’était un beau sujet de recherche. Par la suite, je suis allée chercher des subventions pour mieux définir ce phénomène », raconte Ève Pouliot.



